Yakishime Story

La céramique Tanegashima en France

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Comment peut-on concevoir et cuire une poterie sans qu’elle perde le caractère propre à ses composantes, la terre, l’eau et le feu dont  elle est la symbiose ?
La recherche d’œuvres de céramique qui demeurent proches de leur origine et qui tendent même à rehausser la beauté des matériaux et celle de leurs mutations, a conduit les potiers à s’orienter vers le Japon où depuis des centaines d’années ces objectifs ont été hautement prisés.
C’est dans cet esprit que Christine Pedley et Steen Kepp sont allés au Japon en 1974 et qu’ils ont travaillé dans un atelier de Mashiko. En 1977, Steen y retourna et s’arrêta dans une île de l’extrême sud, Kyushu, curieux de la faςon on y travaille.
Le descendant le plus jeune de la 13ème génération de potiers à Karatsu, Nakazato Takashi, y produisait d’étonnantes céramiques et procédait à des expériences portant sur les terres, la structure des fours, et la faςon de cuire. Ses pièces, non émaillées, possédaient force et vigueur authentique, richesse de coloris, variations de texture tout à fait uniques et, pour le potier danois en voyage d’étude, inoubliables.
En 1971, Nakazato Takashi , membre d’une famille de potiers traditionnels des plus estimée, avait répondu à la demande de notables de Tanegashima, petit île tropicale proche de la côte de Kyushu, d’y installer un atelier de poterie. Ceci lui permit de créer et de cultiver un style entièrement nouveau de céramiques, différent donc de celui que sa famille perpétuait depuis le milieu du XVIe siècle. Sa connaissance de la terre et de la cuisson fut mise à l’épreuve. Il s’ingénia à faire des poteries aussi proches que possible de la terre, à faire ressortir ses beautés cachées et à mettre en valeur la caresse des flammes qui plus tard paraîtra les engloutir. Il utilisa pour cela les argiles du pays et un four tunnel classique qu’il amenait à haute température.
La cuisson durait plusieurs jours, parfois une semaine et plus, absorbant de grosses quantités de bois. Il lui arrivait de modifier la température et l’atmosphère à l’intérieur du four en y introduisant de l’eau. Une production encore jamais vue résulta de cette combination de procédés.
Les pieces présentaient des taches subtiles de glaςures naturelles produites par la cendre de bois, des arcs-en-ciel de couleurs terreuses, provenant des oxydes métalliques contenus dans l’argile, des variations de coloris et d’intensité aux endroits atteints par la flamme tourbillonnante.
 Ce travail remarquable attira rapidement l’attention, et fit l’objet d’expositions à Tokyo et á Osaka.
Une fois accomplie sa mission d’installer un atelier baptisé “Poterie de Tanegashima”, Nakazato Takashi revint à sa ville natale et construisit dans ses abords un four du type de Tanegashima, connu sous le nom de“ Ryutagama “.
Deux ans plus tard, lorsque Steen Kepp, potier danois qui avait travaillé cinq ans à La Borne, village de poterie traditionelle, constata l’esprit qui animait la terre et la cuisson de la production Tanegashima, il décida d’en enrichir les pièces de grès que sa femme et lui-même faisaient á La Borne. Christine avait construit un four á grès en 1970, avant la venue de Steen.
À son retour en France, Steen entreprit la construction d’un four semblable à celui de Tanegashima, un four long, en pente, du type que les Japonais appellent “ teppo gama” (four en canon de fusil), et qui offre la possibilité d’y introduire de l’eau pendant la cuisson. Un apprenti américain, Richard Bresnahan, l’aida par correspondance en lui envoyant les indications nécessares. A ce jour, cinq de ces fours existent de par le monde, trois au Japon, un à La Borne, et un cinquième construit par Bresnahan dans le centre des Etats-Unis.
La faςon de travailler Tanegashima et la production qui en résulte sont parfois appelées ”Yakishime”, ce qui évoque l’action de capter et de receler le feu dans la poterie.
Les exigences de cette production déterminent le mode de vie du potier, le lie aux processus d’extraction et d’épuration des terres, de création des pièces, d’enfournement et de cuisson. La faςon de vivre du potier et sa production doivent nécessairement fusionner, s’intégrer; elle doit être simple, impérativement naturelle, et toute orientée vers l’esprit intérieur, la nature des choses. La terre étant employée après relativement peu de manipulations, et les formes restant directes, élémentaires, le travail Yakishime demande du potier un degré de sensibilité et de concentration incompatibles avec une production de type commercial.
Afin de rappeler la terre à ses origines, le potier, toute maîtrise technique mise á part, doit vivre dans un état d’harmonie intérieure constante.
Le rythme des saisons et celui de l’élaboration et de la cuisson des pièces ne font qu’un. Le potier faςonne des céramiques, mais inversement les céramiques faςonnent le potier. C’est au sein d’un dialoque de création que prennent naissance les pièces rudes, élémentaires. En dépit de leur vigoureuse hardiesse, les pièces Tanegashima ne manquent pas de chaleur, d’attrait, elles ont le charme captivant, universel, d’un
beau bois ou d’une pierre. (…)

Sister Johanna Becker. 1981
Ph.D. Arts l’Extrême-Orient - College of St. Benedict - St. Joseph, Minnesota Etats-Unis
Traduction française Denise Roux. 1982